LA CHANSON FRANÇAISE (II)

LA CHANSON FRANÇAISE  (II)

Le Regard d’un Méridional.

 

ARISTIDE BRUANT-PAR LAUTRECAristide Bruant (1851-1925)

Chansonnier et écrivain français né dans une famille bourgeoise. Enfance et adolescence solide formation surtout en latin et grec. À l’âge de 16 ans il doit quitter le collège à cause de revers de fortune de la famille.

Mais, il se passionne de l’argot; étudie l’argot. C’est alors qu’il utilise la langue colorée de de la rue, la langue du peuple, puis il prend aussi sa pensée; sa voie est trouvée.

Il a son grand succès au Chat Noir, un fameux cabaret de Montmartre, mais le patron ne le payait pas, alors il ouvre son propre cabaret avec 1000 francs, le prête d’un admirateur.

Sa façon de s’habiller: cape noire, cache-nez rouge, culotte enfoncée dans des grosses bottes et feutre noir à larges bords le rendent populaire, surtout après l’affiche de son ami Henri de Toulouse Lautrec. Ce sont aussi ces petits tableaux qui rendent célèbre au peintre.

Maurice Chevalier (1888 – 1972)A-MAURICE-CHEVALIER

Acteur, chanteur, écrivain et parolier français. Il eut un faible début aux cafés concerts avant la Grande Guerre. Après, La Mistinguett le découvre et fait de lui son partenaire. Il devient le dandy frivole qui maintient un certain accent canaille et suburbain. Dans les années 30, il commence une carrière cinématographique à Hollywood. Après la deuxième guerre, il est soupçonné de collaborationniste, mais il est rapidement restitué.

L’image qui restera toujours c’est le canotier à la tête, la canne à la main et le sourire à la bouche.

B-FERNANDELFernandel (1903 – 1977)

Acteur, humoriste, chanteur et réalisateur français.

Issu du Music-Hall, il fut l’un des plus grands du cinéma français. Avec cette expression faciale, il est évident qu’il ne pouvait que faire du comique. Il acquit la gloire surtout lorsqu’il interpréta don Camilo, le curé toujours en querelle avec son ami le maire communiste don Pepone.

Comme chansonnier il eut un grand succès. Je voudrais vous réciter quelques vers de son tube Félicie aussi :

C’était au Bois de Boulogne / que j’ai rencontré Félicie

Elle venait de la Bourgogne / moi je venais en taxi…

 

Charles Trenet (1913 – 2001)trenet_charles

Considéré le père de la chanson française moderne, il chantait tout sous un air de légèreté, comme un Pierrot illuminé. Sa chanson « la mer », écrite dans un train de Montpellier à Perpignan,  peut être considérée l’une des premières chansons appartenant au genre Chanson française moderne. Douce France c’est autre de ses grands tubes.

 

H-GEORGES-BRASSENSGeorges Brassens (Sète 1921 – 1981)

Le grand timide de la chanson, sans doute le plus poète de tous, avec la permission de Léo Ferré. Outre que ses propres compositions il a chanté François Villon, Hugo, Verlaine, Aragon et d’

autres. Il a eu toujours une tendre “mauvaise réputation” comme sa chanson homonyme. En Espagne, cette chanson, pour des jeunes d’une certaine génération, est devenu célèbre grâce à Paco Ibáñez.

G-JACQUES-BRELJacques Brel (1929 – 1978)

Que dire de Jacques Brel, le beau garçon belge? Il est connu dans le monde entier par son “Ne me quitte pas”, la plus belle chanson d’amour jamais écrite. Peut-être un peu exagéré, mais mon Dieu, qu’elle est belle. J’ai entendu sur un chanel de You Tube, un entretien à la Télé française avec le président Mitterrand pour parler en exclusivité de Jacques Brel et de son dernier album. Amen.

 

CHARLES-AZNAVOURCharles Aznavour (Paris 1924 – )

Comme longève,  (longevo) n’existe pas en français et dire d’une grande longévité est un peu pompeux, je dirais le diplodocus de la chanson française. Ici, j’aurais besoin de toute la conférence pour en parler. Alors je n’ajoute rien; regardez tout simplement ce visage, souriant, ironique, plein de dignité aussi orgueilleux, fier et certainement  un peu vaniteux, car il y a des artistes immenses qui peuvent se permettre ces velléités

 

barbaraBarbara (1930-1997)

La Dame Brune. Une poésie engagée, vibrante, chanté presque toujours sur des mélodies de piano qu’elle même jouait. Elle a chanté Brassens  et Brel et surtout une délicieuse La Dame Brune, paroles et musique de Georges Moustaki, chantée à duo avec lui. Je vous encourage à voir cette vidéo, où l’on voit le donjon calme, méditerranéen et impassible de Moustaki et une dame brune, elle, qui transpire, je dirai de l’amour par tous ses pores, qui s’avance vers lui dans un parcours qui ne s’achève jamais.

F-JULIETTE-GRÉCOJuliette Gréco (1927-

Tendre et dure histoire, comme il y en a d’autres : Une fille arrive seule à Paris ayant pour tout bagage un billet de train et une adresse. Par ces choses de la vie, suivant des cours d’art, elle côtoie  d’autre jeunes fous comme elle lesquels, dans une cave voutée  à Saint Germain-des-Près,  dansaient, faisaient de la musique et parlaient philosophie. Jean Paul Sartre, malgré ses dioptries, la remarqua et fit d’elle la muse de leur groupe : les existentialistes. Il lui proposa de se dédier à la chanson, mais comme elle répondit que ce qu’elle écoutait à la radio ne lui plaisait pas, Sartre lui fournit quelques paroles. Un ami compositeur écrivit la musique. Et comme ça, tout simplement el débuta à Saint Germain.

Gilbert_BecaudGilbert Bécaud (1927 – 2001)

Surnommé, comme vous le savez Monsieur 100.000 Volts. Élégance d’habit, toujours une cravate à pois, élégance sur scène ; voix puissante, imposante carrure.

Quelques de ses chansons restent comme le grand bagage sentimental de plusieurs générations : « El maintenant, l’important c’est la rose, Nathalie, Dimanche à Orly… »

 

 

D-EDITH-PIAFÉdit Piaf (1915-1963)

Surnommée à ses débuts la môme. Née sur les marches d’un immeuble à Paris, dans le plus grand dénuement : sa voix, plus tard bouleversa le monde.

Parler de la voix de la Piaf, c’est parler de choses insaisissables, bien qu’elle a une voix saisissante, frappante. Si l’on ajoute grave, ce n’est pas encore tout dit. Il faut parler aussi de timbre, couleur et de palette. Mais laissons ces choses pour les spécialistes. Restons avec sa Vie en Rose et surtout avec Non, je ne regrette rien.

 

E-YVES-MONTANDYves Montand (1921-1991)

La France a failli d’avoir un président chanteur-acteur. D’après l’exemple de Ronald Reagan, les choses se sont, peut-être, bien passées comme ça.

Si la Piaf est la chanteuse Parisienne, le modèle, sans doute, vous permettrez que j’ose dire que ce chanteur français, né italien, est la voix de la France, la voix masculine et que Charles Trenet me pardonne. Évidemment, le pauvre ne peut rien dire. Écoutez, si possible, La bicyclette et les Feuilles mortes.

 

I-LÉO-FERRÉLéo Ferré (1916-1993)

Auteur-compositeur-interprète et poète. On pourrait le considérer le chanteur Rive-Gauche par excellence.

Il chante sans honte, sans fard :

J’habite à Saint-Germain-des Prés

Et chaque soir,  j’ai des rendez-vous Avec Verlaine.

 

GEORGES-MOUSTAKIGeorges Moustaki (1934-2013)

Barbu, voleur de jardins

Découvreur de fleurs qui n’avaient pas de nom,

Traitre de sa liberté

Surveillé par sa belle geôlière

 

Tu t’en es allé comme tu es venu

Sur la mer de Nice

Qui baigne aussi l’Alexandrie

Et Sète où repose le grand fou

Qui porte le même prénom que vous

 

Manuel de Français

LA CHANSON FRANÇAISE (I)

LA CHANSON FRANÇAISE  (I)

Le Regard d’un Méridional.

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(Extrait de la conférence offerte, en petit comité, par Manuel de Français dans l’École de Langues de Valencia le 19 Janvier 2016). (Première Partie)

 

trenet_charlesPour mieux comprendre le phénomène de la chanson française moderne, il faut que je vous parle d’abord d’un certain Charles Trenet surnommé le fou chantant. Il est en grande tournée en Amérique. Il se produit sur la scène dans les grands cabarets New Yorkais, puis au Canada et en Amérique latine. En 1946, à la fin de l’année, il est sur l’aéroport de Rio de Janeiro. Il doit s’envoler pour New York. Soudain, il entend annoncer un vol pour Paris. Pris de la nostalgie, il s’embarque et c’est dans l’avion qu’il compose Revoir Paris.

Avec votre complicité on va donner un saut de géant en arrière jusqu’au moyen âge. Nous voilà au moyen âge ; c’est beau ici, n’est-ce pas ? C’est l’âge de la peste et de la religion absolutiste. Mais c’est aussi l’âge des troubadours et des jongleurs. La poésie était chantée et la chanson était poésie. La différence entre troubadour et jongleur c’est que le premier est un auteur compositeur, et le deuxième exécute les œuvres du troubadour. Mais un jongleur s’il possède du talent pour la création peut devenir aussi troubadour. Et un troubadour pourrait interpréter aussi ses propres œuvres. Les uns comme les autres sont les inspirateurs de l’amour courtois, de la fine d’amour. On chantait l’amour mais on chantait aussi les gestes guerrières des rois.

Le jongleur s’accompagnait de différents instruments :

-De vent : flûtes, cornes (mal vues par l’église, à cause de la transfiguration du visage du musicien…)

-D’archet : la vièle, la lyre.

Musique et poésie, poésie et chant allaient de la main. Et cette cohabitation a durée quelques siècles.

À la fin du XVème qui marque la fin du moyen  âge et le début de la renaissance, avec l’arrivée de François Villon, à la vie absolument bouleversée, et d’autres se développe ce qu’on dénomme la poésie savante ; la poésie se libère de la musique pour se concentrer dans la beauté des mots mais aussi la chanson se libère des structures rigides de la poésie lyrique. La poésie devient de l’haute culture et la chanson chose populaire. Mais cette dissociation de la poésie lyrique et la musique ne se produit pas soudain.

Encore une fois avec votre complicité on donne un saut en avance jusqu’à la fin du XVIIIème. Sous les arcades du Palais Royal à Paris s’ouvrent des cafés où s’engagent des chantants et des musiciens pour des courtes interventions. Ils constituent le germe de ce qu’on appellera les cafés-concerts. Mais un décret de Napoléon I de 1807 supprime toutes ces velléités et ferme aussi grand nombre de théâtres.

Mais dans la deuxième moitié du XIXème se produisent les circonstances favorables et des nombreux cafés-concerts  s’ouvrent par toute la France. Seulement à Paris on compte plus de mille de ces locaux. Le café concert est un établissement qui réunit un public qui paie en consommations le plaisir d’entendre des chansonnettes, des romances, même des morceaux d’opéra. On jouit d’une grande liberté ; on n’est pas attaché à un horaire concret comme au théâtre, on ne doit payer nulle entrée, on peut fumer, boire et applaudir des chanteurs qui s’engagent pour peu de temps sur la scène. Par contre les chanteurs doivent exagérer, gesticuler déclamer à haute voix pour attirer l’attention des paroissiens parmi le brouhaha des locaux.

Le nouveau siècle arrive et le nouveau spectacle qui devient populaire c’est le cinéma. Nombreux locaux ferment, d’autres s’adaptent au nouveau spectacle et deviennent des salles obscures. Après la grande guerre apparaît par influence américaine et anglaise le music-hall. Le music-hall  à différence des modèles français traditionnells : le café concert, le café chantant, le cabaret propose un modèle différent dont on ne paie pas en consommations ; le débit de boisson devient secondaire et on paie une entrée et il y a un programme et un ordre de représentations. On représente des opérettes. Il ya un grand nombre de chanteurs-acteurs sur scène, il y a des décors etcétéra. La reine indiscutable du music hall et des opérettes est La Mistinguett. Il n’y a pas de reine sans roi mais du roi en en parlera après.

La deuxième guerre éclate, et dans la France occupée, malgré tout, le spectacle continue. À la fin plusieurs artistes sont accusés d’avoir chanté, d’avoir interprété pour les allemands.

Mais nous voilà de retour ; nous avions laissé notre homme, Charles Trenet à Paris.

Il a apporté l’exemple, « le one man show » Le microphone existe aussi. Le premier à s’en servir sur scène est un certain Jean Sablon, aussi un chanteur français très réputé. Comme vous savez ce sont les américains qui ont libéré Paris et la France ; le music hall bien qu’adapté au français est un modèle américain. Le disque à 33 tours vient d’apparaître et la radio a déjà une grande diffusion.

Dans cette ambiance, néanmoins, naisse la chanson française moderne. Le terme chanson française désigne un genre musical à part entière dont l’adjonction de l’adjectif française exprime une réaffirmation de la francophonie comme opposition à l’ambiance anglo-saxonne  dominante. Elle boit dans les sources de la tradition littéraire française, plutôt de la poésie. Ses poètes de référence sont surtout : Verlaine, Rimbaud, Baudelaire et parfois Aragon, Louis Aragon. Cette nouvelle chanson on l’appelait aussi Chanson Rive Gauche.

Et maintenant c’est le moment de vous faire un petit dessin.

BASE-PARIS-WEB

 

Le plan de Paris et la rive gauche.

 

La chanson moderne naisse quand un individu, lui seul, vêtu de noir où non, avec une orchestre derrière ou seulement accompagné de sa guitare, est capable de réunir un public assis et attentif pour l’écouter.

Bien qu’une nouvelle chanson, elle est une conséquence du moment de sa naissance, mais doit son tribute aux antécédents ; c’est-à-dire, l’opérette et le music hall. À cette époque une chansonnette extraite d’une opérette pouvait devenir un tube.

 

Voyons les noms les plus importants de la chanson :

D’abord les antécédents.

(À suivre)

Manuel de Français

 

Javier Krahe, el último jalón de su camino.

Javier Krahe, el último jalón de su camino.

 Adios-Javier-Krahe

Y yo que fui a rondarle
la otra noche a Marieta
la bella, la traidora
había ido a escuchar a Alfredo Kraus

Y yo con mi canción
como un gilipollas, madre
Y yo con mi canción
como un gilipollas

Aunque…

Hace tiempo que me importa un comino,
que el último jalón de mi camino
caiga lejos de Roma.
Hace tiempo no juego al acertijo,
tan esdrújulo de un padre y un hijo,
y una blanca paloma.

Sin embargo…

Yo tuve un gran amor durante un chaparrón
y sentí aquella vez tan profunda pasión,
que ahora el buen tiempo me da asco.
Cuando el cielo está azul no lo puedo ni ver,
que se nuble ya el sol, que se ponga a llover,
que caiga pronto otro chubasco.

Pero he de confesarles que…

Mi esposa padece furor uterino,
no damos abasto ni yo ni el vecino.
Y a mí me da pena del pobre Avelino.

Cada dos por tres me invento algún viaje
para reponerme de su amor salvaje
y ella, en cuanto salgo, le ordena que baje.

Ya se rasga su camisón.

Desde el descansillo lo llama: ¡Avelino!
y el hombre respinga, se pone mohíno,
le entra como angustia, maldice su sino.

Lo ves vacilante bajar la escalera
sabiendo de sobra qué es lo que le espera
en cuanto se encierre con tamaña fiera,

desprovista de compasión,

Y por añadidura…

Si el astro loco preside el paisaje
nada es soez
e igual que a ella le viste de encaje
su desnudez
da un espectáculo resplandeciente
de un simple falo,
lo magnifica románticamente
bajo su halo.

Y ella lo ve cual si fuera una alhaja
y lo acaricia
y, pues la luna es de quien la trabaja,
se hace justicia.

Pero después viene el cuarto menguante,
quieras que no
desmereciendo con ello el amante,
compréndelo,
entonces ella me busca por bares
de cara oculta
y vuelvo a ser el primus inter pares,
ella me indulta.

Ahora bien…

Si me obligarais a nombrar una mujer rara en la cama,
pondría, acaso, como ejemplo a la perversa Leonor,
sólo la excita lo textil, lo más sedoso de la gama:
rasos, satenes, terciopelos… lo mejor de lo mejor.

Es una cosa que me llena de estupor
esa pasión por lo textil de Leonor
que al cielo clama.

 

Delirante historia a partir de letras acaso surrealistas, pero casi siempre irónicas de las canciones de Krahe cuyo repertorio incluía traducciones libres de alguna de Brassens.

Javier Krahe nació en Madrid en 1944 cuando Amparito ya era una moza de 22 años. Según cuenta en alguna entrevista se fue al Canadá a los 25 años “por salir de aquí”, aunque algunos aseguran que fue tras de Annick, el amor de su vida. Allí holgazaneó, trabajó algún tiempo, en una librería, de la que le echaron por leer. Ironía del destino, ironías con las que amuebló las estancias de sus canciones. A veces el tono subió llegando hasta el sarcasmo, pero siempre sin perder las formas.

Alguien me dijo que un día, en la cama, decorado de algunas de sus canciones, manifestó a su mujer el deseo de  hacerse cantante. A lo que ella respondió que nunca le había oído cantar. Él se defendió alegando que no lo era, pero que quería hacerse cantante. Y ella repreguntó: “¿Y cuanto vas a tardar?”. Según le oí después en alguna entrevista declaró que si empezaba en el momento de los hechos, es decir cuando tenía treinta, en unos diez años lo conseguiría, mas antes tenía que aprender a tocar la guitarra.

¿Retranca al más puro estilo gallego, o peculiaridad del personaje? El obituario de un personaje admirado tiende a destacar sus luces más que sus sombras. Si bien el que nos ocupa, de mala fama a decir de algunos, como también la tienen las suegras, ha tenido la ocurrencia de morirse a los 71 años el mismo día que la mía, Amparito, a los 93.

No hay un hilo conductor que los vincule, o si lo hay: de vidas tan dispares, es una de las definiciones de las rectas paralelas, la que los une. Dos rectas que se unen en el infinito. Si el infinito es el día del fin, el de dejar de existir, el de la posibilidad de elevarse del cuerpo terrenal, para ella creyente… Para él, la eternidad en todo caso gracias al cromosoma… Ambos arribaron a ese dilema el mismo día: el 12 de julio de 2015. Recientemente. Él hacia las cinco de la madrugada, tal vez su hora de acostarse; ella un poco más tarde, según el galeno que llegó con mucho retraso, acaso a la hora de elevarse a la eternidad de su credo.

Y siendo tan dispares, ella que solo bebía agua y él la tomaba para las abluciones, ambos en ideas se escoraban a la izquierda, ella sin dejar de rezar a su Dios, desafiando a los que creen incompatible ser de izquierdas y creyente y él fundamentalista ateo.

Mi glosa al trovador de voz inexistente, verso genial, mordaz, fluido y música facilona, se siente balbuceante, débil… Sin tener nada qué ver, al intentar evocarlo, me viene la voz, la imagen, el recuerdo de… Amparito.

Manuel de Français

 

Aznavour en Madrid-2015

Aznavour en Madrid-2015

 

UN-HOMME--UN-EDIFICE     Hay cosas que no debieran ser. Un ejemplo: programar un concierto de Aznavour en un palacio de deportes, rebautizado con el poco atractivo nombre de Barclayscard Center, aunque sea en Madrid; no pega, chirría.

Pero ¿qué quieren?, el Escribidor de Bitácoras es mitómano y decide ir. Es una ocasión añadida para volver a la Corte, lo mismo que Aznavour, unos treinta años después. El barrio es tranquilo, aledaños del eje viario Doctor Esquerdo. Como la fatiga es grande, el taxi le deja ante la fachada del recinto. El Escribidor ha seguido a la “vedette” (en francés tiene otras connotaciones) en el Forum de Liège, en el Palais de Congrès de Paris, en el Liceu de Barcelona… Este edificio da ganas de llorar. El acceso no es por donde todos creen, sino por otra fachada, donde nadie cree, pero es. Ante ésta, un grupo de jóvenes sub-veinte en actitud de sentada pasiva… Más tarde le apuntan que quizás estén esperando para ciertos conciertos. Bueno, confiemos en el interior.

Tras el control de entrada, un recorrido similar al realizado por el exterior, hay que ejecutarlo ahora por el interior. Pero además, hay que bajar niveles y niveles, hasta un cierto inframundo. Se accede por un lateral a la gran sala donde una gran neblina recuerda a una clásica velada de boxeo de una película de cine negro, en blanco y negro. Las partículas contaminantes ascienden hasta una bóveda de un cielo también negro.

Los espectadores que más han pagado tienen derecho a ubicar sus posaderas sobre incómodas sillas numeradas y agrupadas en filas, unidas entre sí por bridas. En un mundo al revés, los de entrada más económica sobre butacas, pero a más de un centenar de metros. En cada recoveco hay una siniestra barra de bar que sirve bebidas en contenedores de plástico a precio de cafetería de la Plaza Mayor. Jóvenes boy-scouts han reciclado su mochila en depósitos ambulantes de cerveza, cola u otros refrescos de los que ofrecen un manguerazo,  se deduce que a precios similares a los anteriores. Simpáticas muchachas y algún mocito, de la organización, se muestran obsequiosos para localizarte tu ubicación. Naturalmente aceptan propinas, pero no las imponen como en salas con más pretensiones en París.

Hay quienes visten sus mejores galas para finalmente sentarse sobre sillas más propias de verbena popular. Algunas damas en grupo de a tres, sin sus  galanes, seguramente poco sensibles a la Chanson, comparten, como probablemente sus hijas harán a la misma hora, litronas de plástico.

La casi inapreciable presencia de jóvenes y niños; sí queridos lectores: en otras latitudes se han visto familias enteras, tiene varias lecturas. Una, quizás algo rebuscada, aduce que el francés, como lengua, no forma parte del imaginario colectivo; se sabe el país próximo geográficamente, pero en el que se puede hacer valer la lengua única: el inglés. ¿Es peregrina esta teoría? Probemos con otra: el personaje, de edad provecta, gran conocido de los mayores de 50 años en España, es un perfecto desconocido de los más jóvenes; es un viejo. Pero hay una tercera: el chansonnier se cotiza más que una estrella del rock. Los que cuentan aforos aseguran que tan sólo unas 4.000 localidades, de las 5.000 posibles se ocuparon.

LE-CONCERT-1Pero atención, la luz escasa se convierte en penumbra azulada y los músicos, se instalan. Sin tiempo para contarlos, se adivinan ocho bultos, aparece, con paso lento pero firme; erguido y flaco, el divo. Los aplausos, preludio y anticipos de los venideros rompen el silencio sobrevenido. Saluda brevemente con el gesto y arranca la primera canción: Les Émigrants, una letra densa, complicada de seguir; tous ensemble, repetía el estribillo. Aplausos. No tarda en hacer su primer parlamento, asegurando que no puede hablar español, parce que vous parlez trop vite (porque ustedes hablan demasiado rápido). Ironía de un nonagenario que canta su canción Désormais, a una velocidad imposible, pesadilla de los practicantes del karaoke.

LE-CONCERT-2Ese parlamento, tan temprano, analizado en el conjunto del concierto es avis rara; no habló casi, pero cantó. Una hora y 45 minutos, sin interrupción, sin dar signos evidentes de fatiga, sin intentar las  proezas de cuando era un jovencito de apenas ochenta años, cuando al final de su canción Emmenez-moi, evolucionaba como una peonza ante un atónito auditorio. Entró en la dinámica de una canción en francés, una en español, sin errar en la letra, gracias a un sistema que le ayuda, asegura en las entrevistas.

LE-CONCERT-3Si de clásicos en sus espectáculos hablamos, cantó con su hija Katia: Je voyage; interpretó su personal La Bohème, con lanzamiento final del lienzo con el que limpiaba unos imaginarios pinceles de bohemio pintor; dobló al lenguaje de los signos Mon Émouvant Amour, acompañado de una corista que se hizo protagonista: Claude Lombard.

El viejo trovador, hoy como siempre, no solo canta sino que interpreta sus canciones. Nuevo parlamento en francés para proclamar que sus colegas “de métier” no se han atrevido a tratar el tema… Suenan los compases inconfundibles, preludio de Comme ils disent, donde comunica con una contención gesticular exquisita, para quién no entienda el francés, la historia de amor homosexual, imposible. Tras los aplausos concluye, en su último parlamento, que el arte debe de tratarlo todo, no solo en el cine, la pintura y la escultura, sino que también la Chanson ha de hacerse eco.

LE-CONCERT-4Ha sonado ya su Venecia sin ti, en español, una de las más aplaudidas, pero son sus temas más recurrentes, los que más conmueven, esto es; el paso del tiempo, irrecuperable; la pérdida de la juventud que huye; la pérdida del amor… El escenario es su medio, lo domina, se resiste a no demostrar que algo queda de un torrente de voz… que como el amor… también se está yendo y aparece, aunque discreto, el gallito inoportuno. Pero es en el tono quedo, acaso un nuevo experimento suyo, con la sola compañía de su gran pianista clásico, casi de su generación, donde se reinventa y estremece.LE-CONCERT-5

No hubo bises. Salió, reapareció, volvió a salir y a reaparecer, saludó y aplaudió al público. El público en pie, se obstinaba, con su aplauso sin pausa, en conmover su viejo corazón. Pero la luz rompió la penumbra azulada y el respetable se dio por vencido.

El Escribidor de Bitácoras permaneció en su silla de verbena hasta que la mayoría hubo desfilado. Volvió a caer la neblina de una velada de boxeo, pero ya no la vio.

 

Manuel de Français

 

LA CHANSON FRANÇAISE À L’ÉCOLE DE LANGUES

LA CHANSON FRANÇAISE À L’ÉCOLE DE LANGUES

 

Que por mayo era por mayo,BAILARINA-WEB

cuando hace la calor,

cuando los trigos encañan

y están los campos en flor,

cuando canta la calandria

y responde el ruiseñor,

cuando los enamorados

van a servir al amor;

(Complainte du Prisonnier, Anonyme.)

 

Début de mai, les examens sont là, certes, mais…C’était un 5 mai, le dernier 5, jeudi. Un spectacle superbe c’est produit sur la scène de la grande salle de la vieille École de Langues à Valencia. Et qui était là ? La chef du département de français, une prof de français, trois élèves de français d’un certain âge ou d’un âge certain et un petit nombre de personnes, environs cent ou presque, la plupart des gens hors de l’école. Ou étaient les gens  de l’école ; d’où venaient ceux d’ailleurs ?

TRIO-DE-INICIO-WEBAprès les mots de bienveillance de la Chef, la maîtresse de cérémonie, Eva Adam, professeur de français à l’Université Polytechnique  de Valencia, a invité tous les présents à faire un parcours, fort personnel, autour de la chanson française , ses lumières, mais on s’est plongé aussi dans ses coulisses.

Elle a fait appel aux musiciens, sans lesquels rien ne serait possible, et ils ont émergé. Joan Vallés, guitarre et voix, coiffé d’une casquette à la française ; Arcadi Valiente, clavier, un courageux aux doigts vertigineux. Ils ont commencé par Ma liberté de G. Moustaki. Après Joan Vallés a pris la parole, en parfait espagnol, pour présenter Le Métèque, selon lui la plus connue des chansons de Moustaki. Enrico Macias et sa chanson La France de mon Enfance, a été le prétexte nécessaire pour avouer qu’il est un francophone né au même pays qu’Enrico. L’un des grands moments a été La Bohème de Charles Aznavour et, aussi d’Aznavour, Je voyage, chantée avec une jeune fille, Paula-Yvonne Blanquer Adam, que la présentatrice, sa mère, a présentée pleine d’émotion.VALLES-ARCADI-PAULA

La soirée avançait, elle avait commencé à 18,30 ; la présentatrice présentait, Joan chantait et Arcadi maîtrisait un clavier, presque de jouet ; on se demande ce qu’il aurait fait avec un vrai piano… On a vécu La Vie en Rose et l’hymne à l’Amour avec la môme Piaf, on s’est déchiré de désespoir  en suppliant  Ne me Quitte Pas, tandis qu’une jeune danseuse, Irene Izquierdo, renforçait les paroles de Jacques Brel.CON-BAILARINA-WEB

Le parcours a été fort personnel, comme on a annoncé au début ; il nous a manqué Georges Brassens, et si bien on a pu accepter Francis Cabrel en revanche d’autres grands absents, on se demande si dans ce voyage, Céline Dion avait ses bagages. Étonnant, n’est-ce pas ?

Une grande idée et un spectacle prodigieux… Et on termine comme on a commencé. Si quelqu’un n’a pas été nommé, on demande pardon ; on ne connaît pas tout le monde, mais ou étaient les gens de l’École ?

 

Manuel de Français

Photos

Ximo Rodríguea

Manuel Geómetra

Demis Roussos, le grec d’Alexandrie

Demis Roussos, le grec d’Alexandrie

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Né et élevé en Alexandrie au sein d’une famille d’origine grecque, où sa mère et sa grand-mère cuisinaient des spécialités grecques assaisonnées de sauces égyptiennes…

En Orient, les femmes se dépilaient en utilisant un mélange de sucre fondue dans le jus du citron chaud ; un caramel qu’il dévorait dans ces incursions furtives à la cuisine (avant de son utilisation)… (*).

DEMIS-TOUNIQUE-WEBDemis le grec, le gros barbu à la voix d’ange, l’extravagant aux tuniques comme un curée à la Grand-Messe, monté sus ses bottes à haute plateforme, il est venu colorer notre Espagne un peu grisâtre des années 70. Il y avait à l’époque, bien sûr, la couleur vivante des « batas de cola » des folkloriques du flamenco. Mais pour les « progres », cela n´était pas de saison.

Selon toute probabilité, il serait venu de la main de José María Íñigo, ce grand maître et mage de ces glorieuses années en matière de télévision où il n’y apparaîtrait que le mieux ; les meilleurs. Quel dommage d’involution !

Pour un gamin de mon âge ce qui m’étonnait le plus, m’étonne encore, c’est qu’une voix si douce puisse sortir d’une charpente si forte. En Espagne il chantait en espagnol et en anglais. Ses yeux redessinés au rimmel (l’enfant de jadis ne le raisonnait pas encore) étaient plutôt rêveurs que tristes.

Demis-Dominique--janvier-1977-Paris-Match-1-WEBAprès on a appris qu’il s’est produit aussi en France, ce qui preuve, encore une fois, que la chanson française est chose de métèques. À Maisons Laffitte, il demeurait comme un prince, entouré de six domestiques et surtout de Dominique, sa compagne, véritable alma-mater de la maison. Elle le voulait gros et opulent, tandis qu’elle Demis-Dominique--janvier-1977-Paris-Match-2-WEBne mangeait que les jours de réception. Ils recevaient trois fois par semaine. Les grands bouffes restent dans la légende des lieux.

Libéré de Dominique, paraît-il que Véronique l’influence dans de saines habitudes de vie. Il trouve son équilibre à four et à mesure qu’il perd son bedon. Au début  des années 80 apparaît son livre « Question de poids ». Le livre recueille son expérience personnelle et pontifie sur une diète, la sienne, élaboré en collaboration avec Véronique Skawinska.

Demis-Roussos--janvier-1977-Paris-Match-2-WEBAprès des décennies, où j’avais perdu sa trace, je l’ai  retrouvé à la télé, très sporadiquement, regrossi et vêtu « en occidental », évidemment vieilli mais à la voix limpide comme toujours. Et après l’assaut au pouvoir de Syriza on apprend le décès de Demis, le Grec d’Alexandrie. N’a-t-il pas pu l’encaisser ?

 

(*) Paragraphes 1 et 2 extraits de son livre « Question de poids »  1982

- Les photos 3, 4 et 5 sont tirées des contenus affichés sur internet d’après une séance de photos en janvier 1977 pour Paris-Match.

 

Manuel de Français

Devine Devinette / Un Portrait

Devine Devinette

Un ami farceur mais au grand cœur, proclame que j’écris comme Unamuno. « Comme tu es gentil », je lui remercie. « Oui mon ami », me répond-il. « Parce que comme lui, ce que tu écris, ce ne sont pas des nouvellettes mais des nivollettes ». Et comme je lui remercie encore il s’encourage et ajoute : « Et pas question de sonnettes, mon vieux ; tu écris des sonnittes ».

Alors ce qui suit, je ne sais au juste pas comment le nommer. Mais mon ami farceur au grand cœur m’en apprendra.

                                                                     Un Portrait

 

DEVINETTE-PAPILLON-WEBJ’entreprends la tâche qu’on m’a ordonnée,

et je ne demande que ma plume glisse

sur cette feuillette, à la couleur lisse,

et qu’elle ne s’arrête point ; c’est ma volonté.

 

DEVINETTE-COMPLET-BLEU-WEBÀ cette fin, je voudrais vous offrir

des vers en rythme et mètre parfaits.

Mais pour faire en vers de quelqu’un le portrait

Émettrai-je bien sûr plus d’un soupir.

 

Je vous parle d’un être humain,

dont le genre, hélas !, n’est pas féminin,

déjà deviné ?, je m’en doutais, c’est masculin ;

vivant aujourd’hui et j’espère que demain.

 

Car le type n’est pas un gamin ;

de sa vie, le livre a plusieurs pages.

Mais plus qu’un homme d’un certain âge

C’est un homme d’un âge certain.

 

DEVINETTE-CROONER-WEBIl est plutôt petit, comme un garçon

Sa chevelure qu’il conserve en fil d’argent

Aussi chauve, quel indécent,

Comme quand il était jeune de 40 ans.

 

Malgré tous les automnes tombés,

son dos de courber n’est pas pressé,

comme le mât d’un navire, il est dressé ;

seulement sa jeunesse s’est paumée.

 

Mais l’âge qui d’habitude enlève, comme ils disent

souvent, apporte aussi et sans être beau,

plus intéressant est-il que quand il était bleu ;

ce sera vrai ; les femmes le disent.

 

Et me voilà qu’en essayant la rime,

Plus d’un tiers de mon soi-disant poème

Est déjà exposé, quel phénomène !

Mais allons peu à peu ; à ce rythme.

 

Pour continuer avec le personnage,

faudra-t-il ajouter ; c’est juste et prudent

qu’il est français d’adoption, de sentiment,

mais pas d’origine et ce n’est pas un outrage.

 

De la France et de sa chanson bien aimée

Est-il représentant de son plein gré.

Mais du pays de ses aïeuls, c’est vrai

Ambassadeur a-t-il été nommé.

 

Malgré son ascendance, à Paris est-il né,

dans le premier quart su siècle dernier

où partageaient-ils les rues, charrettes et cabriolets,

mais du début sentait il la gloire ; quel bon nez!

 

Peu après du bras de la Piaf  s’est-il collé.

Plus qu’amant, confident, ami et chauffeur,

un va et vient, presque un servant, un chasseur,

une bonne à tout faire ; il a su décoller.

 

Et bien sûr, il a appris son métier ;

Son métier de chanteur, bien appliqué :

méticuleux, travailleur, étudiant sans université…

Car la vie, a été sa carrière, son sentier.

 

Et ayant autant de génie, que voulez- vous ?

Qu’il soit modeste ? Ne me faites pas rire !

Celui qui du néant a émergé, faut-il le dire

peut se permettre un certain orgueil, je l’avoue.

 

Mais à vraie dire, plus qu’orgueilleux, il est fier.

Plus que génie, artiste.

Plus que comédien, fantaisiste.

Chanteur d’aujourd’hui, de demain et d’hier.

 

Sa voix, vous me permettrez, n’est pas limpide

Son ton n’est  pas doux ; plutôt rauque.

Mais ses paroles touchent et provoquent ;

sans elles, de ma vie, la bande sonore serait-elle vide.

 

Paris, lieu commun, c’est le décor sempiternel ;

dans ces chansons dont l’amour arrive…

Mais c’est sa perte, sa fuite ; sa question addictive

Le passage du temps, son sujet essentiel.

 

La perte de la jeunesse par conséquence,

Les amours perdus qu’évoquent  les murs

des bâtiments, des églises comme un murmure

lointain, qui se répète comme un écho avec fréquence.

 

Survivant d’une époque dorée

de la chanson française dite La Chanson,

de sa construction le plus grand maçon:

le plus connu, le plus consacré.

 

Et jusqu’ici, le portrait plein d’admiration

d’un homme, un chanteur, un acteur, un artiste.

Pas besoin, j’en déduis d’ajouter aucune piste.

Si l’on a deviné, elles me précèdent, mes félicitations !

 

Manuel de Français

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aznavour au Liceu de Barcelona. Non je n’ai rien oublié.

Aznavour au Liceu de Barcelona. Non je n’ai rien oublié.

  Affiche-Aznavour-1-web par Manuel Geómetra   Un homme marche, le pas tout tranquille que possible, dans  la foule, dans la foule qui le bouscule. La Rambla de Canaletas comme d’habitude à cette heure de l’après-midi, du soir on se résiste à dire car le soleil brille encore à plein feu, ressemble à une tripe de saucisson incapable de contenir autant d’ingrédients. Il marche légèrement émou. C’est un grand événement, dans sa vie, dans la bande sonore de sa vie. En plus c’est la première fois qu’il franchira le seuil du Liceu. Il n’est pas barceloni, même pas catalan, mais il se sent touché du bonheur, le bonheur de pénétrer dans le sacre temple de la vie mondaine et artistique de Barcelona, (excusez-moi, Barcelone c’est pour les français). Le Liceu de Montserrat (la Caballé) qui l’a prêté pour une soirée ;  à qui ?

     Seulement une petite affiche au mur dans le portique d’entrée. Néanmoins il est comblé de gens qui attendent. On les distingue des curieux à l’élégance de leurs habits, une élégance discrète ; ce n’est pas une soirée de première, c’est un spectacle du monde des variétés comme la vedette avouera plus tard.

AFORO-WEB par Manuel Geómetra     La séance est prévue à 21heures mais à huit heures et demie  notre homme a déjà trouvé son fauteuil. Il aime arriver à l’avance. Voir le théâtre, voir l’ambiance, voir les gens qui arrivent. Au hall les femmes se font photographier de leurs accompagnants, les petits groupes  à leur tour se font photographier les uns des autres. Mais lui, il est seul…

     La voix en off annonce qu’après dix minutes, la séance commencera. La même voix répète qu’il ne manque que cinq minutes. La voix parle le catalan, l’espagnol et l’anglais. Cinq minutes après, la voix annonce qu’il ne reste que trois minutes. Des doubles minutes sans doute. À sa droite le siège n’est pas occupé. Un solitaire, une solitaire en retard ?

  CENITAL-WEB par Manuel Geómetra   La lumière, comme le soleil dehors, perd son intensité. Une humble clarté sur la scène permet voir l’arrivée des musiciens. « Pardon, désolée » Une femme, bonne mine, qui n’a plus vingt ans depuis longtemps, arrive. « Madame, s’il vous plaît » Mais cette figure… Pas un mot, le vieux Charles apparaît sur scène. Public débout, elle aussi, c’est bien elle ! Applaudissements de bienvenue. Elle aussi. « C’est bien lui » avoue-t-elle. Les mains applaudissent, un croisement de regards, une étincelle. Charles sourit satisfait, remercie le public sa présence.

     Les Émigrants, la première chanson commence. Soudain il arrête la chanson argumentant que : « le problème n’est pas l’orchestre mais la machine ; on est toujours en mains de la machine » Tandis que des mains invisibles adaptent le son, il chante El Barco ya se fué presque improvisé, presque à capella  avec la seule compagnie du pianiste Erik Berchot.

     « Je crois que vous comprenez assez bien le français. Je comprends un peu l’espagnol, mais vous parlez tellement vite… »

     Paris au mois d’août, troisième chanson. Pour notre homme, qui sent la présence de sa voisine, l’orchestre joue encore trop fort, mais les paroles : « Balayé par septembre / notre amour d’un été… » Nouveau croisement de regards, nouvelle étincelle.

      Coquet et charmeur comme toujours, le vieux chanteur avoue que cette semaine il fait quatre-vingt-dix ans. Applaudissements renouvelés. Comme toujours aussi, deux sont les sujets de ses chansons, avoue-t-il : la perte de la jeunesse et le temps qui passe. « Et la perte de l’amour » avoue notre homme à son tour et pour lui-même.

     Les chansons en français et en espagnol se succèdent en composant un répertoire pas très habituel, avec des chansons moins expérimentées, mais avec son savoir-faire, à fur et à mesure que le concert avance, sa voix se réchauffe, il devient de plus en plus grand livrant des émotions sur un public déjà séduit. Un moment magique quand encore une fois en intimité avec son pianiste, il interprète une nouvelle version en espagnol de « Sa jeunesse ».

     Sept musiciens dont une femme au clavier et accordéon, un autre clavier, le pianiste, deux guitares, une basse et une batterie qui malgré sa protection derrière une cloison au méthacrylate sonne assez forte et deux femmes aux chœurs, (sa fille Katia et Claude Lombard), accompagnent le vieux chansonnier. Pas de violons comme d’habitude. Par économie ? se demande-t-il notre homme ou par la petitesse de la scène ? La scène pour un Gran Liceu semble petite ce qui n’a pas empêché le chanteur-acteur de faire ses interprétations : danser avec Les plaisirs démodés, sautiller avec Emmenez-moi, faire les gestes pleins de contenance d’un homosexuel et travesti dans Comme ils disent, interpréter avec le langage des mains  dans Mon émouvant amour, et le moment fort, le plat épicé ou il joue le peintre en s’essuyant les mains avec une toile blanche qu’à la fin de La Bohème il jette au bord de la scène et qui disparait tout de suite dans les mains d’un homme galant qui l’offre à une dame.AZNAVOUR-AU-LICEU-WEB par Manuel Geómetra

     Quatre-vingt-dix ans dont plus de soixante sur la scène, le moins instruit des auteurs selon lui ;  il avoue qu’à dix ans il a dû quitter l’école, sa voix rauque qu’il avait déjà il y a un demi-siècle quand il a chanté pour la première fois en espagnol et à Barcelona, qui maintenant commence à se ressentir un peu, toute la poussière des chemins parcourus qui s’installent dans l’esprit de l’artiste se sont manifesté avec contenance dans l’spectacle offert la soirée du 26 juin 2014 au Gran Teatre del Liceu. Quand il abandonne la salle suivi des musiciens, réclamé par l’urgence des applaudissements sans cesse, il revient sur ses pas, les musiciens aussi, et offre La maman.

     Rien ne va plus. Aznavour abandonne la scène, les musiciens aussi, et soudain les lampes cassent l’obscurité. Les gens commencent à abandonner la salle. Elle reste dans son fauteuil, lui, il aussi. Pour la première fois ils se regardent longuement dans les yeux ; des attardés se font encore des photos, les employés commencent à mettre en ordre la salle pour un prochain évènement. Absents à ce va et vient, ils restent encore sans dire un mot…

     « Tu sais » brise-t-il la glace « Aznavour ne l’a pas chanté, mais :

Je n’aurais jamais cru qu’on se rencontrerait
Le hasard est curieux, il provoque les choses
Et le destin pressé un instant prend la pause
Non je n’ai rien oublié

Je souris malgré moi, rien qu’à te regarder
Si les mois, les années marquent souvent les êtres
Toi, tu n’as pas changé, la coiffure peut-être
Non je n’ai rien oublié

Marié, moi ? Allons non,  je n’en ai nulle envie
J’aime ma liberté, et puis, de toi à moi
Je n’ai pas rencontré la femme de ma vie
Mais allons prendre un verre, et parle-moi de toi

Qu’as-tu fait de tes jours ? Es-tu riche et comblée ?
Tu vis seule à Paris? Mais alors ce mariage ?
Entre nous, tes parents ont dû crever de rage
Non je n’ai rien oublié

Qui m’aurait dit qu’un jour sans l’avoir provoqué
Le destin tout à coup nous mettrait face à face
Je croyais que tout meurt avec le temps qui passe
Non je n’ai rien oublié

Je ne sais trop que dire, ni par où commencer
Les souvenirs foisonnent, envahissent ma tête
Mon passé revient du fond de sa défaite
Non je n’ai rien oublié, rien oublié

A l’âge où je portais mon cœur pour toute arme

J’ai voulu te revoir mais tu étais cloîtrée
Je t’ai écrit cent fois, mais toujours sans réponse
Cela m’a pris longtemps avant que je renonce
Non je n’ai rien oublié

L’heure court et déjà le café va fermer
Viens je te raccompagne à travers les rues mortes
Comme au temps des baisers qu’on volait sous ta porte
Non je n’ai rien oublié

Chaque saison était notre saison d’aimer
Et nous ne redoutions ni l’hiver ni l’automne
C’est toujours le printemps quand nos vingt ans résonnent
Non je n’ai rien oublié, rien oublié

Cela m’a fait du bien de sentir ta présence
Je me sens différent, comme un peu plus léger
On a souvent besoin d’un bain d’adolescence
C’est doux de revenir aux sources du passé

Je voudrais, si tu veux, sans vouloir te forcer
Te revoir à nouveau, enfin… si c’est possible
Si tu en as envie, si tu es disponible
Si tu n’as rien oublié

Comme moi qui n’ai rien oublié 

Et paraphrasant Joaquín Sabina:

Y después, para qué más detalles,
Ya sabéis, copas, risas, excesos
Como van a caber tantos besos
En una canción.

 Manuel de Français

Manolo Escobar

Manolo Escobar

(19/10/1931 – 24/10/2013)

Manolo-Escobar-webManolo Escobar era un tipo de esos que si una noche tocaba a tu puerta, le invitabas a entrar porque era como de casa. Lo sentarías a tu mesa y continuarías una conversación que creías iniciada tiempo atrás. Como íbamos diciendo…

Seguramente se bebería algo de vino durante la cena y después de recoger la mesa (tarea en la que tal vez él no participara), a buen seguro se cantaría.

Algunos estetas modernos hoy totalmente trasnochados harían el diagnóstico de que representaba a una España casposa y aferrada al régimen. Desde hace ya demasiadas décadas se menosprecia aquello que otrora, no por todos pero sí por muchos se llamaba españolío y que probablemente se correspondía con la mayoría de los tópicos patrios. Pero ¿qué quieren que les diga? Era una forma de resistencia interior, una manera de ensalzar lo nuestro, lo autóctono, lo que pudiera unirnos a la mayoría de los españoles aún de diferentes regiones, hoy comunidades, aunque aquello tuviera un marcado tinte andalucista.

La doctrina no la había elaborado el régimen, sino aquella triada prodigiosa formada por los irrepetibles Quintero, León y Quiroga, que buscaron en la tonadilla, en la copla de letra asequible y pegadiza una introspección, una mirada interna, elogiando y alabando lo que de bueno nos caracterizaba como pueblo unido aunque diverso para sobrevivir a la adversidad y no en la amargura del lamento eterno.

Muerto también Carlos Cano, que fue el renovador, ha sido quizás Manolo Escobar el último representante masculino de ese género musical que se ha convenido en llamar copla como concepto más  amable, más asumible por la España de las autonomías que la denominación original, esto es: canción española. Manolo Escobar las cantó con su estilo más que personal y son sus coplas más representativas las que han evolucionado a la par que nuestra sociedad: de la España eminentemente agrícola y rural idealizada por Mi carro, a la España aperturista representada por La Minifalda, sin olvidar ese guiño al símbolo que los gobernantes de Barcelona rechazan por español: los toros, a cuyo espectáculo acudía la niña de Manolo Escobar en minifalda. Sin olvidar incursiones en otros géneros, como la versión valiente que hiciera del tema de Gabinete Galigari: La culpa fue del chachachá.

Representó lo más genuinamente español sin dejar de ser catalán de adopción. Valga de ejemplo para los que proclaman que son cosas incompatibles.

 

Apa, el xic de Godella

Apa, el xic de Godella

            Parlar de l’Apa, per a mi, és parlar del meu company d’escola. Una escola encara franquista, i ho dic sense càrrega pejorativa, on el mestre don Tomás, segurament pròxim al règim, sense estridència però, no ens va fer cantar el cara al sol més que dues vegades i això estime jo que per acomplir alguna quota de mínims.

            Allò per a un xic de dotze anys que en feia dos que havia tornat de la diàspora migratòria dels anys seixanta, en concret de Luxemburgo, suposava  una de tantes coses estranyes inherents à la condició de començar a esser espanyol.

 Tornant a l’Apa em resultava també curiós que un xic que tartamudejava , cantara tan bé i sense enganxar-se. ¡Canta el “borriquito como yo” del Peret!, el deia don Tomás quan fèiem un poc de festa. I l’Apa el cantava. Molt bé!

Deixar l’escola i perdre’l de vista va esser tot un. Eren els temps on als catorze anys es podia començar a treballar. Ell no sé el que va fer. Amb el pas del temps em vaig assabentar de petites coses… noticies aïllades. Que si l’Apa participa al grup de folklore Alimara, que si l’Apa ha gravat un disc de cants d’estil amb Josepa Blasco. Poc importa si en aquell temps Josepa fóra mes coneguda en el món de la cançó popular. Per a mi era l’Apa amb una altra persona. Mes tard m’assabentí que aquell disc es va fer sota la direcció de Juan Bau i produït per Paco Muñoz.

Entrem en els anys 2000 i desprès d’un periple vital a la veïna ciutat de Burjassot vaig regressar a Godella. Ja l’havia jo vist treballar com electricista a les ordres d’un cosí meu. Com tants altres músics i artistes de tota mena ha de tindre un treball, un complement per ajudar a omplir l’olla.

En 2001, mentre parlava jo amb el meu cosí, una trucada interrompí la nostra conversa. Era l’Apa que demanava uns dies de permís per anar a cantar a Malta.

En 2011 publica el seu disc mes personal: Cants i cants.

El 7 de juliol al Teatre Capitolio de Godella, l’ajuntament de Godella de mans del seu batlle, en finalitzar un emotiu homenatge de tres hores, li atorgà la medalla d’or de la vila, la més alta distinció que el consistori concedeix als seus veïns més rellevants.

Entre altres participaren a l’acte; el grup de danses el Poblet, alumnes de l’escola de cant d’estil de Godella, el grup Al Tall… Alguns veïns relataren anècdotes, altres algun poema; un xic que  va recitar un poema prou bo, de la seua collita, quedà reduït al no res pel pròleg que va precedir a la seua recitació el qual va conjugar “fill de puta” i “extrema dreta”. Aquest va esser un detall poc elegant, groller, que deixà un regust amarg en la boca però que no aconseguí contaminar la resta de l’acte.

El versador Josemi Sánchez, ombra inseparable de l’homenatjat en les nits d’albades organitzades per l’Apa amb motiu de les festes patronals, estigué present “menjant-li l’orella” als quasi vint participants de l’escola de cant d’estil de Godella. L’acte es va clausurar amb la imposició de la medalla i el cant d’una albada pel propi Apa i sutzurada  per Josemi Sánchez. L’acte va ser presentat per Miquel Gago antic regidor i en gran mesura per la que crec organitzadora: Teresa Segarra que també deixà constància de les seues qualitats vocals. Un discret Paco Muñoz era entre el públic.

Uns mesos abans de l’acte trobí l’Apa dues o tres vegades esmorçant. Un cafenet i a continuar la faena, “estic fent la instal·lació en una obreta em va dir”.

El meu homenatge al company, al músic, al “cantaor”, a l’estudiós de la música popular i a l’electricista. Tots son oficis  necessaris.

Joan Perfavor